C’est l’amour qui a mené Shely Moustaki dans Région L’Islet et c’est également l’amour - de son nouvel environnement, de sa nouvelle communauté et de sa belle maison historique -, qui ont animé son désir de rester.
Le parcours de Shely Moustaki, 49 ans.
Commençons par les présentations. Pouvez-vous nous dire votre nom et votre âge, si vous êtes à l’aise de le partager bien sûr!
Ah, oui oui! (rires) Je m’appelle Shely Moustaki et j’ai 49 ans.
De quel endroit êtes-vous originaire et où résidez-vous actuellement?
D’Israël, mais je préfère maintenant dire que je viens de la Palestine occupée. J’habite aujourd’hui dans la municipalité de L’Islet. On peut même voir ma maison d’ici, c’est celle avec le toit vert!
Quand vous êtes-vous établie dans Région L’Islet?
Ça fera 3 ans en octobre ou en novembre, quelque chose comme ça. Je suis arrivée avec mon conjoint. Il est québécois et nous sommes ensemble depuis 7 ou 8 ans.
Est-ce que vous vous êtes rencontrés ici, au Québec? Ou ailleurs?
Nous nous sommes rencontrés au Québec. Alors que j’étais à New York pour quelques mois, j’ai décidé de rendre visite à une bonne amie, que j’avais rencontrée alors qu’elle habitait à Israël.
Elle a invité mon conjoint à se joindre à nous... et le reste, c’est l’histoire comme on dit!
Vous avez quitté New York pour vous établir ici?
Oui, avant de m’installer au Québec, j’étais à New York.
Gros changement!
C’est différent! (rires) Avant New York, j’habitais Israël, à Tel-Aviv. C’est notre grande ville. Bon, en comparaison, ce n’est pas une si grande ville que ça, mais il y a toutes les choses que tu retrouves dans une grande ville. La vie nocturne, tout ça.
Moi, je suis traductrice et je travaille parfois pendant la nuit. C’était facile de trouver un café ouvert à toute heure pour travailler.
Quand j’étais à New York, je ne sortais plus aussi souvent et je commençais à me dire qu’à mon âge, j’étais peut-être mûre pour un train de vie un peu plus tranquille. Je suis vraiment contente ici. Le mix est très bien, équilibré. Les gens sont modernes. J’aime ça.
Pourquoi, après Tel-Aviv et New York, choisir de s’établir dans Région L’Islet?
Mon conjoint, qui est originaire de Saint-Fabien de Panet, a habité la région pendant une quinzaine d’années. Peut-être que vous le connaissez, il s’appelle Sébastien Royer, il a travaillé dans un restaurant appelé La Salicorne.
Pour ma part, la première fois que je suis venue ici, je me suis dit que c’était magnifique. C’est beau... partout, tout le temps. C’est toujours spécial.
Nous cherchions une maison et nous sommes tombés en amour avec celle que nous habitons aujourd’hui. Elle était en vente depuis longtemps, il y avait beaucoup de travaux à faire, ça demandait un gros investissement.
C’est un projet, mais je trouve que c’est tellement une belle maison. On veut lui donner de l’amour, en exposer le cachet unique. Elle a été construite en 1896!
Vous l’avez mentionné plus tôt dans notre entretien, mais vous exercez le métier de traductrice. Vous travaillez donc à votre compte? Vous pouvez travailler de n’importe où?
Juste du WiFi et je suis correcte! (rires)
Pour ce qui est de mon travail en tant que tel, c’est un peu délicat puisque je travaille régulièrement avec des entreprises en Israël. Je travaille avec des maisons d’édition, je traduis des livres.
J’ai commencé à faire ce travail un peu par hasard. Avant, j’étais journaliste et quand j’ai déménagé, j’ai traduit quelques trucs parce que je connaissais le domaine. Avec le bouche-à-oreille, j’ai commencé à recevoir des offres de quelques agences.
Aujourd’hui, j’ai le privilège de choisir les mandats que j’ai envie de faire et que j’ai le temps de faire. Par exemple, j’ai traduit les manuels et les publications de Xbox en hébreux. Je travaille aussi avec des étudiants en Israël. Je les aide dans leurs recherches, avec l’écriture ou les règles de l’Académie.
Est-ce que vous avez connu des défis d’intégration, que ce soit du côté personnel ou professionnel, lors de votre arrivée dans la région?
Quand je suis arrivée, j’étais un peu... déconnectée. Je suis arrivée ici avec mon conjoint, donc je ne suis pas passée par les services d’immigrations de la MRC de L'Islet. Je ne savais pas que ça existait, je ne connaissais pas ça!
Il y avait aussi la langue... je voulais apprendre le français, c’est comme ça que j’ai découvert les services offerts aux personnes qui immigrent ici. Ils m’ont donné toutes les informations dont j’avais besoin et même plus. Depuis que je les ai trouvés, c’est magnifique.
Rencontrer la culture d’ici, rencontrer des personnes comme moi, faire des choses que je ne connais pas comme de la raquette. C’est magnifique. Et c’est vraiment utile.
Ce n’est pas toujours évident de se faire de nouveaux amis comme ça, à mon âge... Mais les gens ici, c’est différent. J’ai rencontré beaucoup d’amis ici.
Une fois, j’étais partie à vélo et il s’est brisé. J’étais sur le bord de la route et plein de personnes se sont arrêtées et m’ont demandé si j’avais besoin d’aide ou s’ils pouvaient appeler quelqu’un pour moi. Ça m’a beaucoup touchée, c’est beau de pouvoir compter sur nos voisins, les gens qu’on rencontre...
Vous parlez bien le français! Vous pratiquez depuis combien de temps?
Quand j’ai commencé à vouloir apprendre le français, avant de venir ici, c’était la pandémie. Donc j’ai commencé et arrêté mes cours très souvent.
J’ai appris à Lévis au début. Mais comme je n’ai pas mon permis de conduire, quand je suis déménagée à Montmagny, je ne pouvais plus suivre les cours à Lévis.
J’ai ensuite repris des cours à Montmagny, mais comme il n’y a pas autant d’immigrants qu’à Lévis, les cours étaient moins fréquents et moins adaptés aux différents niveaux.
J'ai ensuite interrompu mon apprentissage du français pendant deux ans pour écrire mon livre « La Matrice Ostjuden », une enquête sur le projet raciste sioniste.
Cela fait partie de mon combat pour les Palestiniens. Le livre sera bientôt publié et sera distribué gratuitement. J'ai d’ailleurs eu l'occasion d’en lire un extrait lors de la fête à la Chapelle des Marins de L'Islet, en août dernier.
Note de Région L'Islet → Découvre le texte de Shely Moustaki
Cette année, j’ai recommencé les cours et ça va beaucoup mieux. J’ai aussi commencé à faire du bénévolat pour pratiquer davantage. Puisque je travaille de la maison, je n’ai pas beaucoup d’interactions qui me permettent de pratiquer.
Même avec mon conjoint, jusqu’à l’an dernier, nous parlions ensemble en anglais. J’insiste maintenant pour qu’on se parle en français, pour que ça devienne plus facile de vous parler!
Votre détermination à apprendre le français est belle à voir! Outre l’apprentissage du français justement, est-ce que des événements ont renforcé votre sentiment d’appartenance à la région?
C’est des grosses questions, je vois! (rires)
Je me suis souvent dit que j’aurais peut-être à partir un jour, par exemple si je n’avais pas eu ma résidence permanente. Mais j’aime être ici, j’ai choisi d’être ici.
J’ai commencé le processus pour devenir citoyenne canadienne. C’est une grande démarche et c’est peut-être plus complexe parce que je suis activiste de la cause palestinienne.
C’est important pour moi d’avoir ma citoyenneté canadienne parce que j’aimerais faire annuler ma citoyenneté en Israël. J’ai hâte d’être canadienne. Pas juste à cause de ça, mais j’ai hâte. Il faut être patient.
Je vais devoir retourner en Israël en octobre pour le mariage de mon fils, qui vit encore là-bas avec sa future épouse qui est originaire de la Roumanie.
Est-ce que votre fils est déjà venu vous visiter ici? Est-ce qu’il serait intéressé à faire le grand saut, lui aussi?
Il est venu quelques fois et il a beaucoup aimé. Mais à cause de la langue, c’est plus difficile.
Désolée, mon fils, d’avoir choisi un endroit qui parle le français! (rires) Il veut revenir en visite, c’est certain.
Est-ce que vous aimeriez nous révéler votre endroit préféré de la région?
Tout ce qui est près de chez moi, tout le coin ici, c’est parfait. L’église, la bibliothèque, la vue sur le fleuve...
À quoi aspirez-vous pour la région? Est-ce que vous aimeriez y voir se développer certaines initiatives?
J’aimerais avoir encore plus de commerces de proximité, où je peux aller en marchant. Des épiceries, des restaurants... Il y a une belle boulangerie près de chez moi, mais elle n’est pas ouverte à l’année.
Comme je n’ai pas mon permis de conduire, je vais à l’épicerie à vélo, mais c’est quand même loin. Pourtant, j’étais bonne conductrice en Israël! (rires) Mais ici... la signalisation est différente, la météo, l’hiver... la dernière fois que j’ai conduit, c’était en Grèce, il y a 15 ans! Il faudrait que je m’y mette... cette année!
Si vous deviez choisir 3 mots pour décrire Région L’Islet, que choisiriez-vous?
La vue? Le paysage? Me promener dans la nature? Tout le monde dit ça! (rires)
J’adore la beauté du patrimoine, l’histoire. Ma maison est ancienne et c’est fascinant pour moi.
J’ai déjà dit plus de 3 mots! (rires)
Les gens. Il y a beaucoup d’artistes ici et ça me rejoint. Quand j’étais journaliste en Israël, j’écrivais beaucoup au sujet de l’art et de la littérature. Ensuite, j’ai bifurqué vers la politique, mais l’art et la littérature étaient mes passions. Mon sujet favori.
Région L’Islet pour moi? Paysage, histoire et art!


