Originaires du Bas-du-Fleuve, Léane et Jean-Sébastien ont toujours souhaité s’ancrer en bordure du Saint-Laurent. Arrivés à Saint-Jean-Port-Joli des projets plein la tête, c’est finalement l’accueil chaleureux de leurs voisins et l’enthousiasme du milieu culturel qui auront permis au couple de façonner La Curieuse, un espace de création et d’hébergement unique où l’art s’inspire du lieu et où le lieu s’inspire de l’art.
Le parcours de Léane, 33 ans, et de Jean-Sébastien, 30 ans.
Bonjour à vous deux! Aujourd’hui, on avait envie de s’asseoir avec vous et de discuter de votre parcours, de ce qui vous a amené dans Région L’Islet et à quoi ressemble votre vie maintenant que vous y êtes installés. Commençons par le début. Vous êtes originaires de quel endroit?
Léane | Je suis née à Québec, mais toute ma famille vient du Saguenay. J’ai aussi habité la Gaspésie quand j’étais enfant, mais c’est vraiment à Rimouski que j’ai habité le plus longtemps, c’est pour cette raison que je considère que je viens de là.
Jean-Sébastien | Je m’appelle Jean-Sébastien Fournier, j’ai 30 ans et je viens de Rimouski.
Quel est votre emploi actuel?
Léane | Nous sommes propriétaires de La Curieuse, une résidence d’artistes qui propose également de nombreux événements culturels. Je suis aussi enseignante au cégep de Lévis et de La Pocatière, en anthropologie. Pour l'automne, je vais enseigner seulement à Lévis puisque nous n’avons pas de garderie pour notre enfant de 4 ans, Théo. Je travaille donc à temps partiel.
Jean-Sébastien | Je suis enseignant en francisation, en entreprise. Je travaille à Saint-Pamphile en ce moment, avec des travailleurs étrangers qui désirent apprendre le français. Ils sont nombreux à s’installer dans le sud de la région, notamment pour travailler dans l’industrie du bois.
Vous vous êtes installés dans Région L’Islet en quelle année?
En 2021. Avant de s’établir ici, on a habité tous les deux à l’international un peu et à notre retour, on a cherché à se poser, on avait besoin de s’ancrer quelque part.
On visait le bord du fleuve, entre Québec — parce que j’y avais beaucoup d’amis et que mon réseau s’y trouvait — et Rimouski, puisque nous y avons de la famille et des amis.
Vous cherchiez à habiter à proximité du fleuve. Est-ce que c’est la raison pour laquelle vous avez choisi Région L’Islet?
Oui. Pas loin de Rimouski, pas trop loin de Québec. On est du monde du Bas-du-Fleuve, donc pour nous, c'était vraiment important d'être collés au fleuve.
Dès le début de nos recherches, on visait Saint-Jean-Port-Joli ou L’Islet. À l’époque, je travaillais à la MRC de Montmagny, alors on cherchait à louer une maison qui me permettrait de faire la route. Par contre, on a deux chiens et à ce moment-là, nous n’avons pas réussi à trouver une maison qui les acceptait. Alors on s’est établi temporairement à Montmagny.
Et finalement, on a trouvé et acheté notre maison ici, à Saint-Jean-Port-Joli.
C'est à ce moment que vous avez fondé La Curieuse? Vous êtes arrivés ici avec un projet en tête?
Oui, on a acheté la maison avec l'idée de faire un projet. À la base, on la voyait plus comme une auberge, qui s'inspirait davantage des auberges de jeunesse tout en mettant de l’avant des projets culturels. On souhaitait vraiment faire de la petite grange un espace où présenter des spectacles et des événements.
La grange qui est en restauration juste là?
Léane | Exactement! Ça a l'air d'être un bâtiment neuf, mais à l'intérieur tout est intact. La P'tite Grange créative, c’est le lieu où on donne des spectacles, où on fait des expositions, des ateliers, c’est aussi un lieu de création pour les artistes en résidence.
Et l’auberge, c’est pour les artistes qui font des retraites. En ce moment, on a deux personnes qui sont en résidence de création. Ce n’est pas un lieu d’hébergement touristique, c’est vraiment un lieu pour les artistes, ouvert toute l’année.
Pour revenir à notre projet initial, on a acheté la maison avec l'idée d'en faire une auberge, mais j’ai accouché deux jours après, ce qui n'était pas prévu! On a donc monté le projet vraiment doucement, puisqu’on avait beaucoup de rénovations à faire avec un petit bébé dans les bras. Il fallait séparer la maison en deux afin de faire notre résidence à l’arrière et l’auberge à l’avant.
Au début, nous avons loué l’espace en formule hébergement de courte durée afin de financer les rénos.
Jean-Sébastien | La Curieuse, comme on la connaît actuellement, est officiellement ouverte depuis l’été 2023.
Léane | Finalement, il y a eu beaucoup de gens dès le départ. Les premières personnes qui ont fait des réservations étaient des artistes qui souhaitaient faire des résidences de création. On a constaté qu'il y avait vraiment un besoin. Il y avait plein de gens qui venaient dans la région spécifiquement en cherchant ça.
On a aussi vu que c'était une clientèle vraiment cool, qui désire rester un peu plus longtemps que les touristes réguliers. Puisqu'on vient un peu du milieu artistique aussi, ça a vraiment cliqué.
Le premier été, on a mélangé un peu les résidences d’artistes et les touristes, mais on s’est rendu compte que c’est deux types de clientèle qui ne se mélange pas très bien, ils n’ont pas les mêmes besoins. On a donc décidé de se concentrer sur les résidences d’artistes.
Avez-vous connu des défis d'intégration, que ce soit d’ordre personnel ou professionnel, quand vous vous êtes installés dans la communauté?
Léane | Quand on est arrivé dans Région L’Islet, notre principal défi, c'est que c’était encore la pandémie. Je venais d'accoucher, il y avait encore des restrictions sanitaires.
J'avais un petit bébé. On ne voyait personne. Ça a pris un an avant qu'on se mette à se développer un réseau. Je dirais que notre insertion dans la communauté a vraiment commencé un an après l'achat de la maison.
Après mon congé de maternité, j’ai été engagée pour créer le projet Les Escapades avec Lucile Janin, puis j’ai travaillé avec l’organisme Terra Terre Solutions écologiques. C’était la meilleure façon de m'intégrer dans la région. Ça m'a fait connaître tous les producteurs, les acteurs du milieu culturel, etc.
Finalement, j’ai eu un poste d’enseignement au Cégep, ce qui me correspondait plus, mais avec La Curieuse, on garde un pied dans la communauté.
Jean-Sébastien | La première année, c'était difficile de ne connaître personne, de ne pas avoir de réseau, d'être loin de la famille aussi. Ne pas pouvoir aller les voir avec le bébé à cause des restrictions...
Par contre, dès notre arrivée, on a trouvé que les gens étaient très accueillants. Je trouvais que le voisinage aidait beaucoup. Avant d’arriver dans la région, on a vécu à des endroits où on trouvait que c’était très fermé, conservateur. Où les voisins ne se parlaient pas.
Léane | Tandis qu’ici, la première journée où on est arrivés, les voisins sont venus nous saluer. Ils sont venus nous porter du sirop d'érable!
Il y en a un, dans les premières semaines après notre arrivée, qui voyait qu'on avait un bébé, alors il est venu tondre notre gazon. Sans même nous le demander, juste pour nous rendre service. On n'en revenait pas!
Il y a aussi eu la fois où Jean-Sébastien a dû partir en ambulance. J'ai appelé notre voisine, qu'on connaissait un peu. Elle m'a dit : «Oui, votre autre voisin vient de m'appeler, il y a une ambulance devant chez vous, j'arrive.» Deux secondes plus tard, elle était là pour s’occuper du bébé pendant que je partais avec Jean-Sébastien.
On venait d'arriver et pourtant, personne n’a hésité. Quand tu as un petit bébé, c'est le fun de savoir que s’il y a un problème, mes voisins sont là. On était loin de notre famille et de notre réseau. On s'est vraiment sentis accueillis, supportés.
Votre voisinage a donc été très important dans votre intégration à la Région?
Jean-Sébastien | Absolument. Par exemple Sylvie, l’ancienne propriétaire, nous a vraiment aidés. La maison était devenue trop grande pour elle, mais elle est déménagée pratiquement en face. C’est justement elle qui a gardé Théo quand j’étais à l’hôpital.
Elle nous a dépanné je ne sais pas combien de fois, que ce soit pour nous donner des conseils au sujet de la maison, nous prêter des outils...
Léane | Le voisinage est vraiment là. On a habité un quartier plein de petites familles où personne ne se parlait. Ici, ce sont des «jeunes de 80 ans» qui sont adorables. L’une de nos voisines donne un cadeau de Noël et un cadeau de fête à Théo. À chaque fois que Théo est là, elle lui donne un petit quelque chose.
Jean-Sébastien | Donc, Théo aime ça aller la voir! (rires)
Et avec La Curieuse? Avez-vous rencontré des défis particuliers?
Dès le début, nous avons toujours eu des gens pour nous aider bénévolement. On a senti tout de suite que le projet qu'on développait correspondait à la communauté et aux besoins du milieu. La MRC nous approche souvent pour suggérer de présenter des projets qui nous donneraient accès à différents fonds d’aide financière, la ville est également venue nous rencontrer.
Même si on était dans un contexte particulièrement rushant avec un jeune enfant, pas de garderie, des emplois à côté, des rénos, des enjeux financiers... on a toujours senti beaucoup de soutien.
On avait une idée de fou en achetant la maison. Le projet s'est construit progressivement, autant avec les artistes venus en résidence, qui nous ont permis de trouver ce qu’on voulait réellement faire.
Avez-vous vécu des événements qui ont renforcé votre sentiment d'appartenance envers Région L'Islet?
Léane | Je pense que créer un projet comme Les Escapades pour la communauté, de rencontrer tout le monde, tous les producteurs, ça a renforcé mon sentiment d’appartenance. Ça fait en sorte qu'encore aujourd’hui, avec La Curieuse, on s'alimente avec les producteurs d’ici.
Jean-Sébastien | Grâce aux événements qu’on présente à La Curieuse, ça nous permet de rencontrer plein de gens, de créer un fort sentiment d’appartenance au milieu. Encore plus maintenant qu’on fait partie du réseau des Cafés Culturel de Région L’Islet!
Justement, pouvez-vous nous parler un peu plus des événements que vous organisez avec La Curieuse?
Il y en a beaucoup! Je te dirais que ce sont les artistes en résidence ici qui vont nous proposer ce qu'ils ont envie de partager avec la communauté.
Les artistes aiment s'inspirer du lieu et redonner à la communauté de laquelle ils s'inspirent. Il va y avoir beaucoup de sorties de résidence et dernièrement, on en a eu une en danse contemporaine.
Parfois, ça va être des discussions, des ateliers artistiques, des ateliers de slams, des chansonniers, des spectacles de musique, des lectures de pièces de théâtre, des expositions... On présente un peu de tout.
En plus des artistes en résidence, il y a de plus en plus d'artistes locaux qui nous disent que notre espace est cool, qu'ils aimeraient y présenter un projet, un spectacle. On va avoir de beaux événements pour l’automne, mais on ne peut pas encore en parler! (rires)
On ne fait pas vraiment de promotion en ce sens, on se disait qu’il y avait déjà beaucoup d'autres lieux de diffusion, mais je pense que les gens sont appelés par notre projet. Le fait qu'il y ait le boisé en arrière, que ce soit une grange et non pas un local bétonné, ça ajoute un attrait pour eux, ça les rejoint.
La P’tite Grange créative, c'est vraiment un bel endroit et ce n’est pas juste soutenu par les artistes. La communauté aussi répond présente, on a des «réguliers» qui viennent à tous nos événements!
Finalement, on peut dire que c'est votre projet qui vous a ancré dans la région, en plus d’enrichir votre communauté!
Exact!
Est-ce que vous êtes prête à nous révéler votre spot préféré dans la région?
(sans hésitation) L'Anse-à-Caronette.
L'Anse-à-Caronette?
J’hésite à révéler notre spot secret parce qu’on ne peut pas se stationner à la plage ni sur la rue qui y mène puisque c’est un chemin privé!
C'est une petite anse, à deux minutes à pied à partir de la 132. Il y a une plage magnifique, super tranquille, avec des petits chalets de l’autre côté de la rue, devant la plage.
Tu as quasiment un kilomètre de plage de petits cailloux fins fins. Il y a un endroit, complètement à droite de l'anse, où on peut se baigner sans risque de marcher sur de gros rochers comme on en retrouve beaucoup ailleurs.
On est venu ici pour habiter près du fleuve et on ne savait même pas qu'il y avait ce spot là quand on a acheté la maison. On a appris que ça existait quelques mois après notre arrivée.
À quoi aspirez-vous pour Région L’Islet? Est-ce qu’il y a des services, des initiatives que vous aimeriez voir se développer?
Des garderies, c’est un vrai atout pour la région! Notre fils a eu seulement 8 mois de garderie en 4 ans, et à Montmagny. Nous avons finalement trouvé une place au CPE de La Pocatière à temps partiel. Ce n’est pas évident de trouver une place près de chez nous — on a fait des dizaines de démarches — mais on reste ouverts aux solutions qui se présentent.
Ce qu’on espérait surtout, c’était qu’il puisse tisser des liens avec des enfants du village, ceux qu’il retrouvera plus tard à l’école. Il se fait des amis, bien sûr, mais ce n’est pas toujours facile de maintenir ces liens à long terme.
On remarque aussi que certains événements culturels gagneraient à intégrer davantage l’aspect familial. On participe autant que possible avec Théo, car nous n’avons pas de proches à proximité pour le faire garder. Cela dit, on sent qu’il y a une belle ouverture dans la communauté, et on espère que de plus en plus d’activités penseront aux familles comme la nôtre.
Quels conseils vous donneriez à quelqu'un qui envisage de s'installer dans Région L’Islet?
Jean-Sébastien | Aller dans les événements culturels. S'impliquer.
Léane | En plus, je pense que c'est facile de développer des projets, de s'impliquer ici. Dans les festivals, dans les organismes communautaires, dans les événements. Ça permet de se créer rapidement un petit cercle.
Région L’Islet pour nous c’est... le fleuve, la nature et la culture!


